Martin Miguel
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1980 "Miguel Lieu 5" (Marie-Claude Chamboredon)

Le travail de Martin MIGUEL nécessite une modification constante de notre perception des différents éléments qui concourent à sa réalisation. Chacun, en effet assume plusieurs fonctions (support, modèle, outil...) au cours de l’élaboration de l’oeuvre : le coton troque sa qualité d’instrument pour devenir partie intégrante de l’oeuvre, le carton exposé sert de modèle etc...

Ces procédés s’articulent autour de la transposition d’un espace sur une surface plane. Les volumes utilisés aussi bien des boites d’emballage que des angles de murs recouverts de feuilles cartonnées où des entailles permettent d’obtenir une bonne empreinte.

La peinture, sur ces supports, s’inscrit toujours dans les arêtes. Elle se poursuit sur le mur même sous forme de coulées et de coups de pinceau systématiques prolongeant l’étendue peinte.

L’interprétation de ce geste est double : lorsque la pièce est encore disposée dans son lieu de création, il s’agit en fait d’aller d’un support à l’autre sans se limiter à un format précis ou à un matériau particulier ; lorsqu’elle est déplacée, une fois terminée, dans la même salle, la trace peinte facilite l’appréhension de la démarche de MIGUEL en agissant comme rappel.

Ce glissement du lieu d’exécution à celui d’exposition rend sensible la manière inédite dont MIGUEL comprend et creuse les rapports entre modèle et représentation. Que l’on présente le modèle comme chose à imiter, soumettant à ses lois ou à sa structure, à sa réalité immédiatement visible, le tableau qui le reproduit, ou que l’on veuille en nier purement et simplement l’existence en prétendant qu’acte et plaisir de peindre se suffisent à eux-mêmes, on en fige la perception ou masque la réalité. A cela MIGUEL oppose une conception, une manière de faire la peinture, dans laquelle le modèle est agissant, productif est élément à part entière de l’activité plastique:ni référence extérieure au domaine de la peinture, ni lourdeur héritée du passé et à rejeter.

Le changement de référence spatiale (de trois à deux dimensions) est ainsi l’un des aspects essentiels de la recherche de MIGUEL .Il se traduit, optiquement, par des pliures et conduit MIGUEL à réapprécier toutes les proportions en fonction uniquement de la feuille à plat (privée de tout dépassement sur le mur) et à déchirer un format devenu trop vaste par rapport au pliage et à la couleur.

Les autres pièces qui ne sont pas modelées sur les murs mêmes de la galerie ne conservent pas la trace de toute leur évolution. Leurs dimensions sont déterminées par celles des volumes qui jouent le rôle de supports et que le peintre déploie après les avoir peints. Le plus souvent la peinture occupe toute la superficie accessible au coton. Si celui-ci ne se substitue pas complètement au pinceau dans les travaux aux tailles plus imposantes, il est toujours employé pour essuyer une couche de peinture avant qu’une autre ne la masque.

Les modes d’incorporation du coton à l’oeuvre sont divers :disposé à côté d’elle, il est modelé à plat sur les contours de la feuille qu’il borde ; durci au sucre, il épouse le relief des pliures dont il suit l’alignement, alternant, du même coup, saillies et creux.

Le coton peut être encore une composante distincte de la pièce, à laquelle il ne cesse pourtant de se référer même s’il est laissé à l’état brut. Le plus souvent il restitue la forme première du volume altéré par le déploiement. Il est alors façonné en boite, présenté de face quand la peinture a été passée à l’intérieur, de dos, au contraire si les faces externes ont été traitées. Dans les superpositions, chaque couche de coton correspond à une couleur.

Le traitement du coton, le rapport qu’il entretient avec le reste de l’oeuvre travaillent et interrogent ce glissement dont il était question plus haut, contribuent à approfondir dans l’oeuvre de MIGUEL ce que l’on pourrait appeler la problématique de la représentation, et cela jusque dans le fait que la reconstitution est, en général faussée : le coton, moulé sur les angles du carton d’emballage, n’en reproduit que des morceaux dans une sorte de reconstruction/déconstruction partielle.

Martin MIGUEL a assis sa recherche depuis des années sur la pluralité de l’approche des données spatiales et temporelles des objets plastiques. En cela les oeuvres qu’il donne à voir ne permettent aucune reconnaissance, aucune identification définitive de la fonction des objets qui sont en jeu dans sa démarche. Et de la même façon que, dans chaque oeuvre, chaque élément semble hésiter entre plusieurs fonctions, il est mis en cause dans sa nature même... De là, sans doute, cette ambiguïté des oeuvres de MIGUEL, ambiguïté déroutante, complexe, riche...

Marie-Claude CHAMBOREDON

GALERIE-ASSOCIATION LIEU 5 5, RUE PAIROLIERE 06000 NICE 5ème étage ouvert les lundis, mercredis, vendredis de 17 à 19h 30 du 14 novembre au 12 décembre 1980

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