Martin Miguel
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1972 "La peinture à Nice" (Marcel Alocco, Art press N°1)

La peinture à Nice

 

Après les niçois du groupe "nouveau-réaliste", l’Ecole de Nice a connu une série de pratiques dispersées et presque toujours empiriques. Depuis quelques années au contraire se manifeste le souci d’une pratique théorique dont on trouve trace dans divers catalogues et dans les dossiers INterVENTION par exemple. Si les orientations restent encore diverses, les courants d’échange permettent des regroupements par affinités ; ainsi, si pour Daniel Biga le travail plastique se fonde sur l’intervention sociologique de l’écrivain (centrée sur le comportement sexuel plus particulièrement), si les "permutations" systématiques de Roland Flexner (et à plus forte raison ses "manipulations") restent entachées de prémisses anecdotiques, avec Noël Dolla, le "Groupe 70" et François Lachèze la pratique est consciemment définie comme spécifiquement plastique.

 

La salle de l’exposition rétrospective "Ecole de Nice", présentée par Jean Ferrero, qui est consacrée à ce courant apparaîtrait sans doute encore davantage comme un manifeste de tendance si Lachèze n’avait sacrifié pour cette circonstance son travail au bénéfice d’une série d’affiches du P.C.F. sous l’inscription : "L’avant-garde ? La voilà", et si Dolla jugeant le contexte (les "Ecoles de Nice" des salles voisines) peu propice, n’avait limité sa participation à l’exposé thématique de son travail (rupture d’un "bruit de fond" de ronds par trois ronds différents qui en structurent le champ) sur un papier 10xl0cm. Reste le "Groupe 70" qui propose l’état actuel de ses recherches dans lesquelles mieux que dans les notations théoriques éparses, très fragmentaires et aux concepts souvent imprécis, on perçoit une communauté de préoccupation appliquée au signe­-peint, aux modifications d’état plastique (tension) et au travail sur les formats. Poursuivant son travail sur les rapports de signes dans l’espace, Martin Miguel présente, au sol, une construction de volumes parallélépipédiques alternant diverses possibilités de trois couleurs arbitrairement mises en jeu. Louis Chacallis développe le volume d’un tissu-matière en une surface portant le projet de pliage en moitiés successives jusqu’à réduction au 1/8ème de la surface apparente. Sur un élément tendeur rigide (cylindre, châssis) Serge Maccaferri pose en (dé- ) tension des lanières de toile colorées, ici entrelacées, là simplement juxtaposées. Les deux pièces montrées par Vivien Isnard sont complémentaires : pigmentation d’un tissu incluant un autre tissu de format plus petit, le tissu inclu étant ensuite réduit par découpage et couture : apparaît entre les deux tissus simultanément pigmentés une zone vierge, mesurant la réduction du tissu intérieur. L’autre pièce, pour laquelle le même travail est pratiqué sur un seul tissu, laisse apparaître, entre le format initial et la partie réduite, un cadre de mur irrégulier, l’encadrement extérieur en tissu subissant sous l’effet de son propre poids une tension qui incurve vers le bas son côté inférieur détruisant en même temps le parallélisme des verticales. On retrouve dans les échelles de tissu de Max Charvolen l’effet de tension ; mais ici la prise de position dans l’espace par rapport aux rectangles de tissu extraits de l’échelle et appliquée sur le mur (ou un rectangle quelconque de tissu orange, en ce qui concerne la seconde pièce montrée) oblige à une perception variable de la relation tissu-échelle selon le point de vu adopté, relation qui éclate le format aux limites du signe en intégrant de manière indéterminée l’espace et le mur porteur.

 

"ART PRESS" n°l décembre 1972

 

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