Martin Miguel

espace mental (2)

Qu’est-ce qui nous a poussés à sortir du tableau, à établir des relations inédites entre les espaces, symboliques, de l’art et ceux, physiques, dans lesquels nous vivons, habitons, nous déplaçons ? Nous n’avons pas pris immédiatement la mesure des bouleversements : nous les avons vécus d’abord dans la jubilation féroce des libérations. La toile et le tableau ont commencé à se décomposer comme de l’intérieur ; le temps, qui venait sagement s’y reposer, s’est mis à s’y agiter, à s’y diversifier, à s’y désarticuler ; les formats, que nous croyions une fois pour toutes ajustés, dans leurs dimensions comme dans leur géométrie, sont sortis de leurs cadres : nous ne percevions plus de la même façon l’espace dans lequel nous vivions, les objets que nous utilisions ; et nous manquions d’outils, de mots, d’images, pour rendre sensible ces changements. Comme si un monde nouveau s’était instillé dans les cadres anciens et les avait fait exploser.

R.Monticelli 2007


L’œuvre de Martin Miguel se tient là, dans cette rupture, il en a exploré les effets, étudié les conditions et les raisons… Michel Butor dit ailleurs dans un ouvrage qu’elle « sort de son cadre » et comment elle s’inscrit dans une histoire où dialoguent la peinture, le bas relief, la sculpture, la polychromie. Depuis la fin des années 60, il met en cause la toile, sa forme, ses formats, son rôle. Sa première œuvre publique de référence, présentée en 1969, est, en elle-même, un projet et un programme esthétique, comme il arrive bien souvent dans les œuvres marquées par une cohérence de recherche. Elle est constituée d’un panneau de bois rectangulaire –et non une toile- aux dimensions d’une planche à dessin, présentant en son centre une découpe circulaire d une trentaine de centimètres de diamètre. Le cercle ainsi découpé est présenté en même temps que le rectangle. L’ensemble de ces deux éléments est recouvert de deux couleurs, uniformément passées des deux côtés et la tranche. le rouge et le vert. Le rectangle est présenté coté rouge, le cercle coté vert. Le projet esthétique apparaît clairement : inscription à la fois dans la contemporanéité des problèmes de l’art et dans l’histoire ; questionnement sur la couleur et sur son rôle de marquant et d’élément de construction ; mise en cause de la notion de surface et traitement de la tridimensionnalité de l’œuvre peinte ; plus généralement réflexion sur les outils et les procédures « classiques » de la peinture questionnement de l’espace dans lequel figure l’œuvre et de l’importance des points de vue sous lesquels on la considère ; recherche de l’économie des moyens et d’un certain dépouillement ; prise en compte de la pratique de la peinture comme d’un travail et d’un mode de réflexion et non comme seule recherche de l’effet et de la séduction. R.Monticelli 2007

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