Martin Miguel

au cordeau IV

Dans le bâtiment, le cordeau est utilisé pour tracer des lignes de référence à partir desquelles on réalise une construction. Ce cordeau baigne dans une poudre de pigments purs. On le tend, on le tire comme la corde d’un arc et, lorsqu’on le lâche et qu’il frappe une surface dure, les pigments s’y déposent et forment des lignes bien droites. De part et d’autre de cette ligne un nuage de couleur se déploie. Cette opposition, linéaire/nuageux, cet aspect pictural, m’a toujours "frappé" peut-être parce qu’il me renvoie aux peintures du paléolithique supérieur.

 

Depuis 1985, dans mon travail de peintre, j’utilise, en les détournant, certains matériaux, outils et procédés de la maçonnerie. J’ai intégré le cordeau en 2011. En voici un petit l’historique :

 

Je dois d’abord préciser que j’ai utilisé avec le cordeau des couleurs inhabituelles dans le bâtiment. À la différence de ce qui se passe dans le bâtiment, je n’ai pas utilisé le cordeau sur un mur déjà bâti. Je l’ai utilisé en construisant le mur avec du ciment et de la peinture.

Dans un premier temps, le cordeau me servait à définir des zones de répartition entre  ciment et peinture qui présente à peu près la même consistance que le ciment. Je réalisais ce travail de bâti à plat, sur un plan dur recouvert d’une feuille de plastique. Je coulais le ciment et la peinture sur les tracés de pigment produit par le cordeau. Le ciment les absorbe. Une fois le ciment durci je peux redresser le mur, et la peinture, qui n’est pas encore totalement sèche, s’écroule donnant ainsi forme au mur. Cette façon de procéder produisait déformation et déperdition du tracé.

Par la suite, pour affirmer le tracé, j’ai laissé le cordeau sur le plan de travail, il s’est donc inscrit en creux  entouré de son nuage de couleur. J’ai aussi modifié les gestes et les procédures d’utilisation du cordeau de manière à en accentuer le rendu / l’aspect pictural. Ainsi, par exemple, je saupoudrais le pigment avec une passoire en suivant le cordeau tendu. Cette séparation entre cordeau et pigment m’a conduit à ne plus utiliser le cordeau seulement tendu, et à développer des formes en courbe.

 

Dans les travaux actuels un jeu plastique s’opère entre la tige de fer qui arme le mur et le cordeau qui dicte la dépose du ciment et de la peinture. Le cordeau dessine l’œuvre, le mur à venir qui conserve l’empreinte de ce dessin, et, pour l’affirmer je ne l’entoure plus de pigment. La tige de fer, qui sort du mur construit, dessine et structure le mur non peint, le lieu d’accrochage induisant un dialogue entre espaces, entre murs.

 

Miguel mars 2015

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